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Interview de Marian Gold par Yann Follézou, La Locomotive - Paris 1999


Un concert d'Alphaville en France, ça fait, quoi, une bonne quinzaine d'années qu'on attendait ça non ?

Eh bien le mercredi 19 Mai 1999 ( précisons "Anno Domini" ), à la Locomotive, ce fut chose faite, et quel concert ! Deux heures de pure énergie face à une salle ultra réceptive, avec un Marian plus en forme que jamais et des musicos réellement d'enfer ! Voilà ce que vous avez manqué si vous n'y étiez pas...

C'est au MCM Café, boulevard de Clichy à Paris, quelques heures à peine avant le début de cette grande cérémonie que, sortant du studio d'enregistrement de MCM se trouvant sur place (avis, au passage, à tous ceux qui ont enregistré l'émission, j'en recherche une copie..) Marian, avec grande gentillesse et simplicité, m'a accordé un peu de son temps pour répondre, en anglais, à ces quelques questions. Il était environ 18 H 40.

* Un spécial merci à Monika Timm, KP, Frank Bairamian et bien sûr à Marian.


Pourquoi voit-on si peu Alphaville en France?

Pourquoi… Eh bien, en fait, je ne sais pas. Peut être parce que nous n'y sommes pas trop sollicités... Non, vraiment c'est une question difficile! WEA France n'a peut-être pas prêté intérêt à nos productions récentes ( et même moins récentes ), et puis depuis fin 1994, nous avons toujours été en tournée à travers le monde ( l'Europe, Israël, l'Asie, les Etats-Unis où nous retournons cet été ), donc, nous avons en fait toujours été très occupés! En ce qui me concerne, j'adore la France, Paris en particulier parce que c'est la ville que je connais le moins mal, en France ! A vrai dire c'est une de mes villes favorites, j'aime Paris. J'apprécie, la cuisine française bien sûr, mais aussi la musique, l'architecture, l'atmosphère et l'Histoire qui s'en dégagent. C'est un tout.
Que ressens-tu d'être à Paris pour jouer ce soir face aux fans français d'Alphaville qui attendent ce moment depuis une éternité (!), et face à un public qui va découvrir, en version live, vos titres plus récents ?

Je suis vraiment très heureux de me retrouver pour jouer ici aujourd'hui, enfin demain, puisque le concert ne débutera que vers 1 heure du matin (!). C'est vrai, ce sera une première pour moi et pour le public français ! Je regrette simplement de ne passer que peu de temps sur place. En effet, nous sommes arrivés hier soir et nous repartons normalement demain; c'est trop court pour faire et voir tout ce dont j'ai envie.

Envisagez-vous, alors, de faire prochainement une tournée en France ?

Non, pas dans l'immédiat, du moins pas avant la fin de l'année. Nous donnerons une série d'une vingtaine de concerts à travers l'Europe avant de partir en juillet pour une tournée aux Etats-Unis.

Peux-tu me donner quelques précisions sur le concert de ce soir à Paris ?

Ce sera un concert conçu exactement comme un film de 90 minutes environ, incluant des titres de tous nos albums, Big in Japan, Forever Young bien sûr, mais aussi des morceaux plus récents comme Guardian Angel, Flame et Astral Body. Le public présent ce soir va redécouvrir ces titres, mais totalement réorchestrés, revisités, je pense notamment à Big in Japan ou Dance with me, car les chansons, comme nous, ont évolué, "vécu" et se sont adaptées à la scène ! C'est un processus évolutif qui peut se répéter à l'infini pour chaque titre, car il y a des centaines de façon de jouer un morceau et c'est donc ce que nous essayons de faire en concert, d'apporter comme un nouveau souffle, une nouvelle énergie aux morceaux enregistrés en studio. Nous serons quatre en scène: guitare, clavier, percussions et moi ! Voilà à quoi cela devrait ressembler.

Que s'est-il passé depuis la sortie de Salvation ( Septembre 1997 ) ?

Beaucoup de choses ! Nous avons un peu tourné et puis bien sûr travaillé sur la réalisation de Dreamscapes; je suis assez satisfait du résultat !

Donc, vous avez sorti en Décembre 1998 Dreamscapes, une anthologie de 8 cd vendue sur Internet et contenant plus de 40 titres inédits ainsi que nombreuses chansons plus ou moins connues, mais complètement revisitées ou remixées; peux-tu me parler plus en détail de cette "aventure" et de ce qui l'a motivé ?

De nombreux fans nous avaient souvent demandé de sortir un best of contenant les inédits des faces B ainsi que les remixes des titres plus connus. C'est une idée qui, en réalité, ne date pas de l'année dernière, mais qui remonte à bien plus longtemps. Plutôt que de refaire une nouvelle compilation sur le mode académique de First Harvest, nous avons préféré aller plus loin, faire quelque chose de plus intéressant pour nous et pour nos fans. Nous avons beaucoup travaillé sur cette anthologie avec l'aide de notre entourage proche, comme Monika Timm que tu as vu tout à l'heure, mais aussi avec le soutien et l'énergie de tous nos fans à travers le monde. Je considère ce projet avant tout comme un grand remerciement adressé à tous nos fans. Dreamscapes leur est dédiée.

Pourquoi est-ce si difficile de se procurer les singles extraits de vos albums depuis 1989?

Je ne sais pas. Il faudrait le demander directement à la maison de disque. Nous, nous leur fournissons le matériel, la musique, l'essentiel en fait, et de loin le plus important. Le reste, c'est le côté commercial qui, personnellement, ne m'a jamais vraiment intéressé...

En France, les radios diffusent régulièrement Big in Japan, Forever young, ou Dance with me, les standards de vos débuts, mais ignorent presque totalement ce que vous avez fait depuis 1987; que penses-tu de cela, et comment peux-tu l'expliquer ?

Oui, tu as raison, malheureusement..., comme dans d'autres pays. Je le déplore, mais je n'y peu pas grand chose. En fait, je n'ai pas vraiment d'explication à cela. C'est vrai qu'après Afternoons in Utopia, vers 1987, j'ai pris, nous avons pris avec Alphaville énormément de recul par rapport à l'industrie du disque, à tout son côté commercial. Les stations de radio, ou plutôt les responsables qui s'occupent de la programmation dépendent malheureusement de ce système. Cela vient peut-être de là, mais je n'en suis absolument pas convaincu ! La preuve, de nombreuses personnes, comme toi, restent toujours intéressées par ce que nous faisons et par ce que nous allons faire dans l'avenir, c'est surtout ça que je retiens.

Alphaville a donc à son palmarès ces 3 titres qui sont devenus de véritables standards; comment ressens-tu cela ?

Je suis absolument ravi bien sûr, quel artiste ne le serait pas, même si rien n'a jamais été calculé dans ce sens; cependant comme je te l'ai déjà dit, je reste résolument tourné vers l'avenir et je trouve vraiment dommage d'avoir limité Alphaville à ces quelques titres. Bien sûr, le public est intéressé par ce que nous avons fait dans le milieu des années 80, même si cela est un peu réducteur et laisse de côté tout le reste, mais ce qui est vraiment important c'est ce que nous comptons faire dans le futur, en fait ce que nous n'avons jamais cessé de faire: de la musique !

Existe-t-il des vidéos de And I wonder, Impossible dream, Wishful thinking and Flame, vos extraits les plus récents ?

Non, nous n'avons pas tourné de vidéos pour tous les titres extraits de nos albums. Ces quatre là en font partie. Je ne considère pas le fait de tournée systématiquement un clip comme étant une obligation fondamentale, car la chanson existe déjà en elle-même, c'est surtout ça qui compte.

De quelle manière écris-tu et composes-tu tes chansons ?

Il n'y a pas de règle en fait. La plupart du temps je compose au piano. Parfois la musique vient avant le texte, parfois après, ou même simultanément ! C'est simple tu vois... Pour faire un album, cela peut me (nous) prendre entre six mois et cinq ans. On retravaille plusieurs fois les morceaux avec Bernhard, et on choisit le mix qui nous convient le mieux sur le moment. D'ailleurs, pour revenir à Dreamscapes, son contenu est un bon exemple de cela. J'ai emmagasiné chez moi un grand nombre de titres dont certains d'ailleurs figurent maintenant sur Dreamscapes, d'autres qui figureront peut-être sur nos prochains albums, et aussi quelques-uns uns qui ne sortiront probablement jamais. Pour revenir à ta question, finalement, toutes les chansons tu sais naissent d'abord dans la tête et pas forcément en studio face à un instrument. De toute façon, le meilleur des studios ne vaudra jamais celui que tu as dans l'esprit ! C'est l'usine de la créativité.

Parmi vos albums, lequel préfères-tu et pourquoi ?

Prostitute, très probablement ! L'album à sans doute surpris une partie de notre public, mais je le considère comme étant le plus intéressant, notamment car il regroupe différents types de musiques, démarche que nous avions déjà adoptée sur l'album précédent (The Breathtaking Blue, en 1990); on y retrouve: reggae, flamenco, rock, pop, acoustique, synthétique... J'aime le son de cet album, j'aime son contenu, son atmosphère "syncopée" partagée entre des paroles et des musiques très sombres mais aussi pleines d'espoir à la fois, en fait, totalement à l'image du monde qui nous entoure et dont nous sommes les acteurs, mais aussi au reflet de celui qui se trouve entre nos deux oreilles et qui est, de loin, le plus dangereux des mondes ! Je ne dis pas que c'est le meilleurs album que nous ayons fait, car le meilleurs sera le prochain (!), mais en tout cas, c'est mon préféré. Avec Salvation, nous sommes revenu à une structure d'album plus "classique", un peu un retour aux sources mais sans "nostalgie", plus optimiste aussi dans les textes et moins conceptuel en tous cas que Prostitute.

Peux-tu me parler des lectures qui t'inspirent ?

Comme ça, ceux qui me viennent à l'esprit sont, bien sûr Kafka, Jules Verne, Poe mais il y a aussi tous les autres que j'oublie forcément ! J'apprécie particulièrement la poésie, mais également tous les autres genres. C'est vrai que l'univers de Jules Verne me fascine, m'inspire très certainement, et j'ai d'ailleurs donné le titre d'un de ses livres à l'une de nos chansons: 20.000 Lieues sous les mers.

En effet, sur la face B du single Sensations figure cette chanson, de texte anglais, mais dont le titre et le refrain sont en français ( 20.000 Lieues sous les mers ); as-tu déjà envisagé, ou envisage tu actuellement, d'enregistrer une chanson entièrement en français, avec Alphaville, ou en solo ?

Bien sûr, j'adorerais enregistrer une chanson entièrement en français, car j'aime beaucoup cette langue. D'ailleurs, parmi les chanteurs de langue française, j'affectionne particulièrement Jacques Brel. Il y a de nombreux morceaux de lui que j'aimerais chanter; reprendre aussi, par exemple, du David Bowie en français me plairait assez, mais je pense que cela à déjà été fait, non ? Cependant, cela je ne veux pas dire que, si j'enregistre une chanson en français, ce sera obligatoirement une reprise, non. Mon souhait serait en fait de créer un ou plusieurs morceaux moi-même, mais tu sais, ça me paraît difficile. C'est vrai, je comprends assez bien le français, je le parle un petit peu, et écrire un texte entier dans cette langue ne me semble pas être un exercice insurmontable, mais bon, j'ai quand même la crainte de faire des erreurs et des fautes de syntaxe, de prononciation aussi ! Si je le fais, ce devra être parfait (!). J'aime beaucoup la consonance de certains mots et il m'est arrivé de créer moi-même, pour une chanson, une expression imaginaire en fusionnant deux mots du vocabulaire français (Marian fait ici référence à l'expression "rendezvoyeur" que l'on retrouve dans les paroles de la chanson Duel, figurant à l'origine sur l'album de Wanhfried intitulé: Trancelation).

Quels sont vos projets, à toi, et à Bernhard, après Dreamscapes et ce Dreamscapes Tour que tu va présenter ce soir sur la scène de la Locomotive ?

Pour le moment, le projet principal en ce qui me concerne, c'est précisément le Dreamscapes Tour. Bernhard fait actuellement de la musique de son côté, c'est la raison pour laquelle il n'est pas présent aujourd'hui. En parallèle, nous travaillons aussi sur notre nouvel album, dont la plupart des chansons sont déjà prêtes. Celui-ci devrait sortir, après l'été, sans doute l'hiver prochain, ou quelque chose comme ça.